1 personne sur 2 veut manger plus sain. L'industrie lui répond avec… de nouveaux produits
Cette semaine, 295 000 professionnels de l'alimentation venus de plus de 200 pays se retrouvent au SIAL Paris, le plus grand salon de l'agroalimentaire au monde. 8 000 exposants y présentent ce que tu mangeras demain. J'y suis intervenue lors d'une table ronde sur la longévité, et j'ai lu attentivement le livre blanc publié pour l'occasion par le SIAL et le cabinet de tendances Nelly Rodi : « La nouvelle ère de l'alimentation. La fin du modèle universel. »
Je l'ai lu deux fois.
La première fois, j'ai pensé : enfin. Enfin le monde de l'agroalimentaire reconnaît qu'une solution unique ne convient à personne.
La deuxième fois, j'ai eu un pincement. Parce qu'à la fin, la réponse proposée reste la même que depuis cinquante ans : de nouveaux produits.
Nous sommes à un point de bascule. On ne peut plus continuer comme ça. Et la question qui va décider de notre santé pour les vingt prochaines années est simple : est-ce qu'on va répondre à cette bascule avec des produits, ou avec des aliments ?

Ce que dit l'étude (et pourquoi c'est une bonne nouvelle)
Le constat est juste, et il mérite d'être salué. Selon McKinsey, plus de 50 % des personnes de tous âges, dans le monde, affirment que manger plus sainement est devenu une priorité absolue. Le livre blanc identifie six facteurs qui reconfigurent notre façon de manger, et le premier est celui que je vois tous les jours : la progression des troubles métaboliques, digestifs et inflammatoires. L'étude le dit noir sur blanc : « l'évolution actuelle n'est pas cosmétique mais structurelle ».
C'est exactement ça. En dix ans, j'ai analysé les cas de dizaines de milliers de personnes, avec des problématiques qui n'ont rien à voir entre elles en apparence : diabète, sclérose en plaques, fatigue chronique, problèmes de peau, déprime, surpoids. Et presque toujours, en remontant le fil, on retombe sur la même chose : un corps qui n'arrive plus à transformer ce qu'il mange.
Autre point que je salue : l'étude parle d'un « déplacement du pouvoir vers le consommateur ». Les gens testent, comparent, se fient à leurs propres signaux plutôt qu'à la prescription d'en haut.
Oui, oui et oui. C'est ce que j'enseigne depuis des années : remettre le pouvoir à l'intérieur.
Le problème n'est pas le constat. Le problème, c'est la réponse.
La réponse de l'industrie : encore des produits
Que recommande le livre blanc aux acteurs de l'agroalimentaire ? Des offres « ultra-ciblées », où le produit devient « un outil précis » : une gamme pour le sommeil, une pour l'énergie, une pour les hormones, une « low spike », à faible impact sur la glycémie. Des ingrédients experts : probiotiques, actifs microbiome, protéines nouvelles. Des partenariats avec la health-tech et les capteurs.
Tu vois le paradoxe ? On constate la fin du modèle universel… et on propose de le remplacer par un modèle universel découpé plus finement. Un micro-segment « faible impact glycémique » reste une catégorie de produit. Ce n'est pas ton corps. Ce n'est pas ton terrain.
Et surtout, on reste enfermé dans la même logique : quelqu'un d'autre fabrique à ta place, dans un endroit que tu ne connais pas, avec des ingrédients que tu ne pourrais pas acheter, et t'explique sur le paquet ce que ça va faire dans ton corps. Tant que tu dois faire confiance à quelqu'un qui a produit à ta place, tu dépends de ses intentions. Et l'intention première d'une industrie, ce n'est pas de te nourrir. C'est de vendre.
Un produit n'est pas un aliment
Prends la whey, la poudre de protéines star des salles de sport. Elle vient du petit-lait, qui ne représente qu'environ 20 % des protéines du lait. On isole une fraction, on la concentre, on la vend comme un concentré de santé. C'est riche en protéines, oui. Mais ça ne nourrit pas comme un aliment entier nourrit, parce qu'on a jeté tout le reste en chemin.
C'est la même chose avec les extraits de plantes. On isole une molécule « active » et on abandonne la plante entière, celle qui tonifie, qui réchauffe, qui soutient le métabolisme dans son ensemble. En médecine chinoise, on parle du Jing des aliments, leur essence, leur information. Une carotte de jardin et une carotte extraite, raffinée puis « enrichie » n'ont plus grand-chose en commun, même si l'étiquette affiche les mêmes nutriments.
Et puis il y a cette évidence que personne ne dit : on ne peut rien écrire sur une betterave. Ni sur une poignée de lentilles, ni sur une courge. Les aliments bruts n'ont pas de packaging pour te promettre un meilleur sommeil ou des hormones apaisées. Pourtant, ils font tout ça, à condition de savoir les choisir, les cuisiner et surtout les assimiler.
C'est pour ça que je répète depuis des années : nous ne sommes pas ce que nous mangeons, nous sommes ce que notre corps est capable d'assimiler. On n'a pas besoin de réinventer la nature. Tout existe déjà. Ce qui manque, c'est le savoir.
Plus rien ne nous nourrit : le problème commence dans la terre
Si la pression sanitaire monte, ce n'est pas parce qu'il nous manque des produits fonctionnels. C'est parce que nos aliments ont perdu une partie de ce qu'ils nous donnaient. Une étude américaine de référence (Davis et ses collègues, 2004), qui a comparé 43 fruits et légumes entre 1950 et 1999, a observé des baisses allant jusqu'à 38 % pour certains nutriments, comme la vitamine C, le fer ou le calcium. Des sols épuisés, des variétés sélectionnées pour le rendement et le transport plutôt que pour la nourriture qu'elles apportent, des fruits cueillis avant maturité.
Ajouter des super-nutriments à des produits industriels ne règle pas ce problème. Ça le maquille. La vraie réponse, c'est d'avoir des aliments sains, qui arrêtent de nous intoxiquer, cultivés sur des sols qu'on a cessé d'appauvrir.
Et là, il faut remettre les choses dans le bon ordre. Le service qui nous nourrit le mieux, ce n'est pas l'industriel. C'est le maraîcher, l'éleveur, le paysan qui soigne son sol. C'est vers eux que le pouvoir doit revenir.

Le plaisir, oui. Le « Bliss Point », non
Selon l'étude, 59 % des Européens déclarent que la nourriture est d'abord un plaisir. Je suis 100 % d'accord. Chez moi, l'écart n'existe pas, et je mange un ou deux carrés de chocolat noir à la fleur de sel presque tous les soirs.
Mais le plaisir de quoi ? Le plaisir d'un bon produit, d'un bon goût, d'un repas qui nourrit ? Ou le plaisir d'une pulsion fabriquée ? Il faut savoir que l'industrie a un mot pour ça : le Bliss Point, le « point de félicité ». C'est le dosage précis de sucre, de gras, de sel, de croquant et de fondant que des ingénieurs calculent pour qu'on ne puisse plus s'arrêter. Ce plaisir-là n'a pas été pensé pour toi. Il a été pensé pour que tu rachètes.
Le vrai plaisir ne s'oppose pas à la santé. Il s'oppose à la manipulation.
Mesurer son corps, ou le comprendre ?
60 % des Européens se disent intéressés par un service qui analyserait leur ADN pour leur donner des conseils personnalisés (The Guardian). 58 % des 18-34 ans utilisent déjà une application pour suivre leurs performances physiques, nutritionnelles ou cognitives (McKinsey).
J'ai envie de dire : seulement 60 % ? C'est 100 % de la population qui devrait vouloir comprendre son corps. Mais comprendre, ce n'est pas mesurer. On nous a déjà rendus dépendants de l'industrie pour nous nourrir et de la médecine pour nous soigner. Faut-il maintenant devenir dépendants d'un capteur pour savoir si on a bien mangé ?
Les gens n'ont pas besoin de plus d'outils. Ils ont besoin de savoir. Une analyse de sang peut être parfaite chez une femme épuisée, frileuse, qui dort mal. Ce que la médecine chinoise appelle un vide de sang ne se voit sur aucun bilan. Mais ça se voit sur une langue pâle, dans des mains froides, dans un sommeil qui ne répare pas. Avant d'analyser ton ADN, commence par tirer la langue devant le miroir.
L'ère qui manque : manger pour se réparer
Le livre blanc retrace l'histoire de notre alimentation en cinq ères. Les années 90 et le « manger pour son corps » (le light, le 0 %, le sans cholestérol). 2010 et le « manger pour se reconnecter » (le bio, le clean eating). 2020 et le « manger pour se sentir bien » (le microbiote, les adaptogènes). Puis l'ère actuelle, « manger pour se surpasser » : biohacking, tracking, régimes sur mesure. Et demain, selon l'étude, « manger pour s'élever » : intuition, micro-saisons, reconnexion.
J'ai traversé ces ères dans mon propre corps. Le sucre et les produits allégés, puis le sans gluten et sans lait, puis le végétal strict, les compléments à la pelle. Rien de tout ça ne m'a sortie de la sclérose en plaques et du burn-out qui m'ont rattrapée à 28 ans. Ce qui m'a sortie de là, c'est d'avoir appris à rendre mon corps à nouveau capable de transformer ce qu'il mange.
Et c'est ce qui manque à cette frise. Entre se surpasser et s'élever, il y a une étape que personne ne nomme : manger pour se réparer. L'intuition, c'est magnifique. Mais je vois des personnes en « intuitive eating » qui ne mangent plus que des fruits, parce que leur tête leur dit que c'est sain. Quelle est la part de l'intuition, quelle est la part du savoir, quelle est la part du terrain ? Chez une personne frileuse et fatiguée, ce que la médecine chinoise appelle un terrain froid, cette « intuition » peut aggraver exactement ce qu'elle cherche à soigner.
La nouvelle ère, pour moi, n'est pas « signifiante, intuitive et réconciliatrice ». Elle est adaptée, régénératrice et nourrissante.

Ce que la grande bascule veut dire, concrètement
La bonne nouvelle, c'est que tu n'as pas besoin d'attendre l'industrie pour basculer. La personnalisation la plus fine du monde, c'est toi qui composes ton assiette, chaque jour, selon la saison, ton âge, ta fatigue, ton terrain. Aucune ligne de production ne fera mieux.
Quelques repères pour commencer :
→ Une règle simple pour trier : si tu pouvais le faire chez toi, ça va. Si quelqu'un l'a fabriqué avec un procédé impossible dans ta cuisine, méfiance.
→ 30 % des Européens consultent chaque semaine des applications de promotions alimentaires. Je comprends, la vie est chère. Mais les vraies économies ne sont pas dans les promos de produits : elles sont dans les légumes et les fruits de saison, que tu prépares toi-même.
→ 48 % d'entre nous passent moins de 15 minutes à préparer le dîner. Moi aussi, et je déteste cuisiner. Un repas chaud, cuit, simple, ça se fait en 15 minutes. Et les soirs où ce n'est pas possible, un plat cuisiné par quelqu'un, au restaurant ou en livraison, vaut mieux qu'un produit bourré d'additifs.
→ Chaque assiette est un vote. En 2024, le groupe Americana (KFC, Pizza Hut au Moyen-Orient) a annoncé une baisse de 38,8 % de son bénéfice net dans un contexte de boycott. Les consommateurs ont plus de pouvoir qu'ils ne le croient. Choisir local, de saison, chez un producteur, c'est un choix de santé et un choix qui préserve nos sols et nos métiers.
→ Et surtout, apprends à connaître ton terrain. Pas ton ADN : ton terrain. Est-ce que tu as plutôt froid ou plutôt chaud ? Est-ce que tu digères lentement ? Est-ce que tu es lourde après le repas ? C'est ça, la vraie nutrition personnalisée.
Par où commencer ?
Si tu veux savoir quel est ton terrain et ce dont ton corps a vraiment besoin, fais mon test Yin Yang gratuit. En quelques minutes, tu sauras si ton corps est plutôt Yin ou plutôt Yang, et comment adapter ton assiette en conséquence : je fais le test Yin Yang
L'industrie a compris qu'on voulait aller mieux. Maintenant, à nous de comprendre que ça ne passera pas par un nouveau produit, mais par de vrais aliments, une terre réparée, et le savoir pour composer nous-mêmes notre assiette.
Prends soin de toi
Nina 🩷
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Sources des chiffres : livre blanc SIAL Paris × Nelly Rodi, « La nouvelle ère de l'alimentation » (2025-2026), citant McKinsey (2024, 2025), The Guardian, Oxford Academic, Courrier international, Groupe Americana (2025). Davis D.R. et al., Journal of the American College of Nutrition, 2004.
Ce contenu est informatif et éducatif. Il ne remplace pas un avis ou un traitement médical.





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